Conférence sur Auguste ZAMOYSKI du jeudi 28 mai 2009 par Jacques ARLET 2/3

Conférence sur Auguste ZAMOYSKI
jeudi 28 mai 2009 par Jacques ARLET
 
2/3

Partie 1 / 3 ou 3 / 3

 

 

2. ZAKOPANE, LES AMIS, LE FORMISME

 

Rita,je l’ai dit, va l’emmener à Zakopane en 1918. Ils y achètent une maison.

En décembre 1919, Rita dansera à Poznan les Funérailles de Lizt,

Auguste assurera que c’était une danse formiste !

 

A Zakopane, il se fait des amis. Et d’abord Ignace Witkiewicz « J’ai eu deux amis dans ma vie, mais ils sont morts tous les deux : le premier était Stas mon cousin germain qui s ‘est tué à

cheval à 22 ans. Le second était un homme extraordinaire, Witkiewicz. Nous ne

pouvions nous passer l’un de l’autre à Zakopane et nous nous sommes jurés que

le premier de nous qui mourrait continuerait à manifester à l’autre sa présence

et son amitié ».

 

Ce Witkiewicz était le fils d’un peintre de talent qui fréquentait déjà

Zakopane ; lui-même s’est beaucoup adonné à la peinture, une peinture moderne

apparenté au style fauve et à l’expressionnisme allemand. Puis il l’a

abandonnée pour se consacrer à la littérature et surtout au théâtre. Il avait des

talents multiples, une grande sensibilité ; il ne supporta pas l’arrivée des

Allemands et des Russes dans son pays en 1939 et se suicida.

 

A Zakopane, autour de Witkiewicz et de Zamoyski, il y avait, parmi

d’autres, les frères Pronaszko, Léon Chwistek (Philosophe et peintre),

Czyzewski, Emile Breiter. Ce sont ces sept-là qui ont constitué, le groupe

informel des Formistes. Nous étions sept : 5 peintres, deux poètes et un

sculpteur. Ce qui nous unissait ? L’amitié et le besoin de contester les formes

de l’art qui nous avaient précédés…

 

Ce qu’ils sont devenus ? Aujourd’hui, ils sont tous morts sauf moi. Et tous ils

ont abandonné l’héroïque quadrature du cercle du formisme (…) pour

s’exprimer par d’autres voies. Ils sont tous devenus célèbres: Chvistek

abandonna la peinture pour devenir un fameux logicien (…) Pronaszko est

devenu un illustre professeur des Beaux-Arts (…) Wltkacy. considérant que la

peinture était un art épuisé, s ‘adonna au théâtre, aux romans, à la philosophie

(…) Breiter est devenu avocat : Czyzewski un grand peintre …

 

Le Formisme « Je voudrais dire comment j’ai vécu le formisme et pourquoi je l’ai

abandonné. » Lors de son dernier séjour en Pologne, en 1964, il avait été interviewé par des

doctorants qui faisaient un travail sur le Formisme. Il avait alors constaté qu’il y

avait de nombreux « malentendus » de «fausses interprétations et des

confusions » sur cette « importante étape de nos recherches artistiques en

Pologne ». Comme il avait été « l’initiateur du Formisme, l’organisateur de toutes nos

exposition communes (…), le porte parole de nos idées dans les préfaces de nos

catalogues et dans mes conférences » il se devait de corriger ces erreurs et de

l’écrire, de faire le point.

 

« Artisan philosophe », comme il se voulait, Zamoyski s’était consacré à la

sculpture mais c’était sa sculpture à lui ; il voulait s’exprimer dans un langage

nouveau, vraiment créé ex nihilo, dans de nouvelles formes , il refusait de se

servir du langage de ses prédécesseurs essoufflés, et ce nouveau langage, il

l’appela le Formisme.

 

Avant d’aller plus loin, il faut rappeler qu’Auguste n’était pas le seul jeune

artiste de sa génération à vouloir créer du nouveau. Étudiant, il avait été

confronté avec la grande révolution artistique de la Belle époque où se mêlaient

dans une ambiance de créativité inouïe, le baroque décoratif des nancéens, les

constructions de verre et de béton des architectes écossais, belges et viennois, et

toutes les inventions de la peinture, le Fauvisme et le Cubisme en France,

l’Expressionnisme en Allemagne, le Futurisme en Italie, le Suprématisme en

Russie, ce suprématisme qui aboutit au fond abyssal et absurde de l’abstraction

totale, exprimée par le carré blanc sur fond blanc de Malevich!

 

En Allemagne, avant la guerre, alors qu’il était à Heidelberg, et pendant la

guerre à Munich, Auguste avait rencontré les membres du Blaue Reiter, en

particulier Wassily Kandinski, qui créa une abstraction constructive, et Paul

Klee. Il est évident qu’August était dans le mouvement, dans la mouvante des jeunes

artistes européens de l’époque, inspiré même inconsciemment par toute cette

révolution culturelle et, dans sa sculpture, bien que déjà originale, travaillé par

ce modernisme. Ses premières œuvres connues étaient plus baroques art nouveau que

cubistes art déco, par exemple le portrait de Rita, fait en 1917 à

Berlin.

 

 

Mais, à Zakopane, la rencontre avec Witkiewicz a été décisive pour théoriser

le Formisme .’…nous nous mîmes à philosopher des journées et des nuits

entières construisant le formisme…En quelques semaines tout notre groupe de

sept formistes était constitué ».

 

A ce moment de sa réflexion sur son art, Zamoyski en faisait une approche

d’abord philosophique : Notre problème ne consistait pas seulement à établir

des formes (Mots, symboles, lignes et volumes) mais à savoir ce que nous

voulions exprimer grâce à elles (…) C’était le fruit de notre vision du monde (…)

Pour ma part depuis mon enfance je l’ai construite dans la poursuite de la

vérité (…) plus tard cette vision du monde s’est liée pour un temps à celle de

Witkacy ( Wïtkiewicz).

 

Dans son art, la sculpture, il cherchait à découvrir une réalité plus vraie que la

réalité apparente, la réalité cachée des gens et des choses, l ‘éternité cachée sous

des formes périssable . Il voulait créer des formes inexistantes.

Je m’efforçais donc en fermant les yeux de découvrir dans les ténèbres (…)

des formes correspondantes aux nostalgies qui remuaient dans la forêt de ma

vie intérieure

 

 

Et c’est ainsi qu’après Kandinski et Malevich, Zamoyski créait sa propre

« abstraction ». Il utilise le mot, bien qu’il n’ait jamais fait vraiment de sculpture

abstraite. Pour lui, l’abstraction dans l’art signifie tout concept de qualité ou de

proportions, discuté et élucidé d’une manière détachée des choses avec

lesquelles elles sont liées dans la vie.

 

La première étape était un graduel éloignement de la nature visible, donc une

déformation, des proportions violées, qui choquaient le public comme un parti

pris de laideur. Les exégètes ont expliqué qu’elles étaient inspirées de la philosophie indoue. Ce qui frappe c’est la déformation des corps, l’éloignement des proportions réelles, la

fantaisie. La deuxième étape était la stylisation : ce n ‘était plus déformation mais

simplification du monde visible par généralisation des formes par des arrondis

graphiques, des ellipsoïdes enveloppantes ou des droites. Cela se rapprochait

de la géométrie, des formes géométriques, c’est à dire d’authentiques

abstractions car il n ‘y a dans la nature ni triangle parfait ni cercle idéal.

 

Et voici le résultat de cette recherche, qui entre les mains de cet artiste, finit

par réaliser des chefs d’oeuvre, grâce à la qualité du matériau, le grès ou le

marbre, grâce à la qualité du tailleur de pierre, terme dont il est fier, et grâce à

son talent magnifique de créateur de formes. C’est vrai qu’il cherche la vérité du personnage, dans ses portrais, en simplifiant les formes, un peu comme le fait un caricaturiste

Mais c’est encore plus vrai dans son étude de l’amour physique, de l’étreinte

qui aboutit à cet objet parfait en marbre noir !

Eux-Deux de 1927

 

 

Pendant cette période de grande activité formiste, à Zacopane, avec les amis

il multiplie les expositions de leurs œuvres : en voici quelques exemples :

En janvier 1919, exposition à Cracovie au Palais de l’art, avec Witkiewicz

(22 œuvres dont le portrait de Rita et son autoportrait très formiste).

En août de la même année exposition à Zakopane

En Mai 1919, première exposition des Formistes polonais à l’hôtel Polonia à

Varsovie et il y fait une conférence sur « Les nouvelles tendances de l’Art ».

En décembre, exposition à Poznan avec conférence.

En cette année 1919, on inaugure une «École libre des Beaux Arts à

Zakopane ». Il fait partie du comité directeur et y enseigne l’histoire de l’Art.

En janvier 1920, nouvelle exposition des Formistes (et du Bunt) à Poznan : 14

œuvres. En mai 1920, exposition des Formistes et du Bunt à Lvov au musée de

l’Industrie. Conférence à Lvov.

En 1921, IV° exposition des Formistes au palais de l’Art à Cracovie, avec dix

œuvres de Zamoyski. Exposition à New York avec les trois têtes du père

Kruczek et un tableau représentant le buste d’un ecclésiastique.

En 1922, il présente le sketch Cocaïne qui est joué et dansé par Rita Sacchetto

à Munich, Vienne, Zagreb, Budapest et Prague. C’est Auguste qui en a fait la

mise en scène.

En 1923, il expose au salon des Indépendants à Cracovie, où il présente la

Vénus de Zakopane.

Partie 3/3

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